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Nuances d’encre
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Carnac vu par Platon

Carnac vu par Platon

 

 
Dialogue entre Socrate
 
et le Voyageur breton
 
 
Lieu : Carnac, au milieu des mégalithes, un soir d’automne.
Personnages : Socrate, le philosophe grec ;
Le Voyageur : jeune homme.
 
Socrate
- Dis-moi, jeune homme, que fais-tu parmi ces pierres dressées figées dans le temps ?
 
Le Voyageur
- Je contemple l’art des anciens, Socrate. Ces mégalithes sont les témoins d’un peuple disparu, leur œuvre, leur mémoire.
 
Socrate
- Tu dis “art” ?
Voilà un mot bien vaste.
Est-ce l’art de la beauté, de la vérité, ou celui qui flatte les yeux sans nourrir l’âme ?
 
Le Voyageur
- Je ne saurais dire
 
Socrate
- Alors écoutons-les car si elles parlent, peut-être disent-elles plus que les poètes. 
 
Le Voyageur 
- leur agencement, leur mystère… n’est-ce pas là une forme de pensée ?
 
Socrate
- Peut-être, mais c’est l’homme qui l’interroge. Et toi, que cherches-tu en elles ? La vérité ? Le beau ? Ou le frisson de l’inconnu ?
 
Le Voyageur
- Je cherche à comprendre par qui elles furent dressées et pourquoi ?
 
 
Socrate
- Voilà une noble quête car comprendre, c’est aimer la sagesse et aimer la sagesse, c’est être philosophe. Tu es donc mon frère d’esprit.
 
Le Voyageur
- Mais toi, Socrate, que vois-tu dans ces pierres ?
 
Socrate
- Je vois des questions, beaucoup de questions. et si nous les posons bien, elles nous mèneront à l’Idée du Beau.
 
 
 

 

Chapitre II 
 
Le seuil des langues
 
Elle marchait, mais ce n’était pas la distance qui comptait, c’était le silence, celui qu’on traverse quand on apprend une langue morte, seule, sans guide et sans voix. Le grec ancien n’était pas un outil, c’était une clé, une méthode façonnée, jour après jour, comme on taille une pierre pour en faire un talisman. Chaque mot appris ouvrait une porte, chaque déclinaison, chaque verbe, chaque particule devenait un fil dans le tissu d’une pensée oubliée, à habiter en quelque sorte. Et c’est là, au bord de cette traversée, qu’Angelika apparut, elle était là, simplement, comme une réponse que l’on ne formule pas, elle parlait peu, mais ses yeux semblaient lire dans les marges des silences, elle aussi avait marché, pas dans les mêmes ruines, mais dans les mêmes questions. La rencontre fut un glissement vers la réflexion de deux solitudes qui se saluent pour un dialogue qui commence bien avant les mots.
 
 

Chapitre III

 Le poids des noms

 

Le grec ancien est une empreinte étrange, une manière de penser en spirale, de tourner autour du sens avant de le toucher comme les orthodoxes de Crête le font pour les offrandes déposées à Peza.

Angelika s’arrêta devant une stèle brisée, elle posa la main sur les lettres effacées « Tu sais lire ça ? » demanda-t-elle enfin. « Je crois, mais je préfère écouter ce que ça ne dit plus. »

Elle sourit, pas un sourire de surface, un sourire qui reconnaît, le voyage venait de changer de nature, ce n’était plus une quête de sens, c’était une traversée à deux.

 
 
 

Chapitre VII

Le feu sous les colonnes

 

Le vent s’etait levé sur les hauteurs de l’île, apportant avec lui l’odeur du sel et des pins brûlés. Angelika gravit les marches de pierre menant au mégaron, ses sandales claquant sur les dalles rouges, usées par les siècles. Le palais semble abandonné, mais derrière les colonnes peintes, quelque chose attend, la salle principale s’ouvre devant elle comme une gueule béante, quatre colonnes soutiennent le toit ouvert, laissant passer un rayon de lumière qui tombe directement sur le foyer central. Le feu y brûle encore, comme si quelqu’un l’entretenait en secret. Les fresques sur les murs représentent des scènes de chasse, des dieux oubliés et une femme aux yeux trop semblable à ceux d’Angelika pour que ce soit un hasard. Elle s’approcha du foyer, le crépitement du bois semble murmurer un nom, elle tendit la main, et une voix s’éleva derrière elle.

- Tu es revenue.

Angelika se retourna dans l’ombre du portique, une silhouette se détacha, c’est Lysandre, vêtu d’une tunique sombre, le regard chargé de reproches et de désir.

- Ce palais n’a jamais été à moi, dit-elle, ni à toi, il appartient aux souvenirs.

- Alors pourquoi le feu brûle-t-il encore ?

Elle ne répondit pas, ses doigts effleurèrent la pierre chaude du foyer et sembla se souvenir des nuits passées ici, des complots murmurés entre les colonnes et des serments échangés.

 -Je suis venue chercher la vérité, dit-elle enfin, celle que tu m’as cachée.

Lysandre s’avança, il tendit une tablette d’argile, gravée de symboles anciens. Angelika la prit et lut, ses yeux s’élargirent, le secret du mégaron et celui d’Ithaque, était là  inscrit depuis des siècles, attendant d’être découvert.

 

 

 

 

Cœur de chapitre

 

 

Lieu : Megaron rouge, Xiania.

Ambiance : Silence sacré, lumière rasante, poussière d’or dans l’air.

Personnages : Angelika et Moi

 

Angelika (le regard plongé dans le disque)

- Ce disque n’est pas un message, il est un rappel, un pacte ancien, scellé entre le ciel et la terre, entre le feu et la mémoire. Il ne parle pas aux yeux, mais à la mémoire que l’âme porte en silence. L’or que tant cherchent dans les mines et les légendes… Il ne brille pas, il éclaire.

Et là où il éclaire, il révèle ta clé.

 

Moi

- Je ne suis que passante, une curieuse parmi d’autres.

Angelika

- Tu es celle qui a entendu sans comprendre et qui revient pour comprendre ce qu’il a entendu. Ce disque ne s’adresse pas aux savants, mais aux éveillés.

Moi

- Et cette clé… que dois-je en faire ?

Angelika

- Tu ne dois rien en faire, tu dois la reconnaître. Elle est ce que tu es, ce que tu as toujours été, avant même de naître.

Moi

- Alors la Toison… ce n’est pas un objet ?

Angelika

- Non. c’est une lumière intérieure, une mémoire que le monde a oubliée, mais que ton âme conserve intacte, ce disque est le miroir de cette mémoire.

Moi

- Et si je l’écoute… que se passera-t-il ?

Angelika

- Tu ne seras plus en quête, tu seras en présence de Sarpédon ou d’Abelios.

 

 

 

 

 

Le Meltemi est le souffle du nord,

il est le sculpteur des îles de l’Égée 

Dans le grand théâtre de la mer Égée, le Meltemi entre en scène chaque été, porteur d’un souffle venu des Balkans, traversant les terres brûlées d’Anatolie. De juin à septembre, ce vent du nord descend sur les Cyclades comme un dieu invisible, tempérant les ardeurs du soleil et dessinant les contours d’un climat sec, lumineux, presque céleste.

Sa force varie, de la caresse à la colère, parfois jusqu’à force 8 sur l’échelle de Beaufort. Il s’élève au zénith du jour, puis s’apaise à la tombée du soir, comme s’il suivait le rythme secret des îles. Grâce à lui, les étés sont supportables, les cieux dégagés et l’air, pur et sec, semble vibrer d’une énergie antique.

Dans les Cyclades le Meltemi est maître du temps, il rend certaines plages impraticables, oblige les marins à la prudence, mais offre aussi des refuges abrités, des havres de paix où l’on peut écouter le vent chanter dans les oliviers.

Ce souffle n’est pas qu’un phénomène météorologique, il est une mémoire, une présence, une force qui imprègne l’art, les fresques, les spirales minoennes et les récits des navigateurs. Le Meltemi est le sculpteur invisible du climat égéen, le chorégraphe des saisons, le lien entre ciel et mer, entre l’homme et son île. 

 

 

Le vent tisse des liens profonds entre les arts, inspirant mythes, mouvements et émotions. Invisible mais omniprésent, il devient un vecteur poétique, symbolique et technique dans l’histoire artistique.

Dans la peinture, il prend forme à travers des représentations mythologiques, comme dans La Naissance de Vénus de Botticelli, Incarnant la légèreté et le souffle divin.

Au théâtre, le vent est simulé pour créer des ambiances dramatiques, intensifier les scènes et suggérer le tumulte intérieur des personnages. Il devient un élément scénique à part entière, capable de transformer l’espace et de porter les émotions.

En littérature, le vent évoque l’absence, le passage du temps ou les sentiments fugaces, il traverse les récits comme une métaphore du changement, de la liberté ou de l’errance, reliant les êtres à l’invisible.

Ainsi, le vent, dans sa nature insaisissable, unit les disciplines artistiques par sa capacité à suggérer, à émouvoir et à faire vibrer l’imaginaire.

 

Deux gestes artistiques, deux civilisations, une seule quête existentielle

Contrairement à l’abstraction bretonne dans l’art mégalithique, l’art crétois est figuratif et dynamique, célébrant la nature et le mouvement. En Bretagne, la pierre est le médium de la mémoire et du cosmos et tous deux traduisent une pensée où l’homme cherche à inscrire sa présence dans le monde par l’art.

 

Carnac vu par Platon
Carnac vu par Platon
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Carnac vu par PlatonCarnac vu par Platon
Carnac vu par PlatonCarnac vu par Platon