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Nuances d’encre
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La marionnette du loch

La marionnette du loch

 

Née d’une graine lumineuse, tissée de fibres, l’oiseau d’Ananta vient marquer l’instant où la forêt accepte une nouvelle légende.

 

La Crête d’Ananta est le lieu où le territoire s’est formé, où il est devenu sacré et Ananta devient la ligne de hauteur qui révèle le principe de vision, la source. C’est une carte mentale pour anticiper les mouvements d’animaux et les embuscades avant de descendre vers les lacs où Ananta des Crêtes a imposé des axes de circulation pour redescendre, contourner les risques et permettre de planter les menhirs, là où d’autres sont revenus.

 

 

Ce sont les trajectoires d’Ananta, de grandes dalles dont les traces coulent comme des rivières. La marionnette qui m’a accompagnée depuisAvignon s’immobilisa, l’aile se referma et la tresse de Locmaria se défit pour laisser place à son effigie réelle qui prit forme dans mon triptyque. Alors la pierre devint une onde, elle traversa la roche comme un battement d aile et l’ombre de Garuda se replia.

 

 

 

 

Calendrier "Encre et pierres"

 

 

 

Le frottement d’un silex sur un menhir de Carnac produit un son bref, un tchik minéral qui vibre sur les dalles gravées au fond du lac. La vibration déclenche une pointe sonore jusque sur la table du menhir brisé.

 

 

Les trois rivières 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ananta est la présence cosmique de la table du menhir brisé, il est l’art de l’ombre qui anime les menhirs de Carnac, comme plus tard, dans les récits du Mahabharata, il jouera en silhouette de cuir, le principe qui renforcera l’art de l’ombre.

 

 

Table du menhir brisé 

 

 

 

" Le Thé Noir" est comme deux spirales dont l’une relie l’océan qui s’engouffre dans le golfe, au sud du plateau de Locmariaquer jusqu’à l’ouest sur les hauteurs de Carnac. Autour de Gavrinis est un amphithéâtre naturel, un lieu idéal pour un tertre sacré surveillant les eaux, Garu s’y enroule portant le mémoire des feuilles. La troisième spirale ne tourne pas autour d’un centre, elle cherche le point de la dalle cosmique où l’animal de pierre s’est arrêté dans son élan, elle porte l’humidité, la chaleur, les parfums de cardamome et de pluie, elle porte aussi Garu, celui qui traverse en suivant les nervures comme d’autres suivent les étoiles de la dalle gigantesque voulant rejoindre celles de Knowth.

 

 

Alors les formes de Gavrinis se sont rassemblées, les spirales et chevrons, dans ma mémoire, je les avais toujours connues, mes racines inversées que la lune avait gardées pour résonner dans les fragments d’ombres sur le loch. Dans son croisement lunaire Gura et Garu, la lune derrière moi étirait son ombre avant de refermer la porte de la nuit, le Thé Noir avait laissé sur mes lèvres un goût de terre et de lune, celui d’un sol ancien qui me portait. Je posai la main sur la pierre rugueuse, une onde me traversa et la pierre émit les voix des profondeurs qui fragmenterent les ombres du lac. Les reflets s’ouvraient en cercles concentriques, l’eau parlait, l’ombre de la pierre s’enlacait à la mienne dans la verticalité de Garu et le thé semblait contenir la nuit entière, c’était la clé de l’encre versée.