Et la finesse jusque dans les éclats de rires
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Il y a plus de 5000 ans, les sculpteurs de pierres d’Armorique et les marionnettistes du Kerala partageaient une intuition, canaliser les peurs et les imaginaires aidés par la lumière et le geste. Les uns gravaient, les autres animaient le cuir, aujourd’hui, le théâtre d’ombres imaginé en Inde réunit ces deux traditions avec des menhirs écrans où sous le soleil, le jour, les scènes sont éducatives et la nuit, au coucher du soleil les ombres deviennent un récit.
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Gavrinis est l’histoire d’une chèvre, elle vient ici amplifier un récit, elle devient dans ce théâtre d’ombres l’axe avec sa silhouette de cuir sur fond de menhir élevée vers le ciel avec ses cornes qui se courbent comme deux croissants de lune, ses pattes arrières s’ancrant dans la pierre. Le chien, minuscule, se tiend à distance, réduit à une ombre au pied du menhir. La lumière du soleil couchant enveloppe la chèvre d’un halo d’or pour dominer la scène, le corbeau et le héron se penchent vers elle, l’un murmure la mémoire, l’autre trace le chemin, la pierre entière devient miroir de liberté et la chèvre entre ainsi dans le mythe pour effacer les peurs.
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Esope influencé par des textes venus de bien plus loin que lui, avec ses éclats de morales s’est prêté aux poèmes de monsieur de la Fontaine ou l’inverse.
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Glyphe du vent, glyphe de la lune, glyphe du temps qui projette des silhouettes.
la Bruyère est le parchemin, les ombres sur les pierres inscrivent leur chorégraphie dans un élan fixé, les mots ont duré des siècles et les phrases des millénaires. Quand la nuit tombe, la lune relie les glyphes, pierre par pierre et le site devient alors la pierre cosmique d’Er Grah qui exige le silence.
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Expo jusqu’au 14 août- Moulin à marées- Pen Castel, golfe du morbihan.
La plasticienne Pascale Bailly rencontrée a Pen Castel correspond point par point à son travail artistique de fibres cousues finement, de tissus brûlés, de bois flottés avec des matières textiles superposées qui s’intègrent parfaitement aux fragments d’écorces diverses. Les chutes de tissus comme celui de ce chapeau rouge aide à marquer sa propre histoire qui s’entremêle aux peaux végétales, une signature qui lui va bien. Il manque l’épaisseur qui donne aux tableaux leur densité, ce que la photo numérique ne parvient jamais à saisir, le relief tactil disparaît du cadre.
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Trois dolmens se lèvent chaque matin au Mané Kerioned, c’est l’été, une triade écoute, parle et se souvient. Entre eux est un espace, un couloir invisible où les ombres se déplacent comme une encre sur le granite, l’un d’eux se découpe dans l’ombre des fougères, les visiteurs arrivent tôt, à midi le soleil frappe la dalle de couverture du dolmen central où les ombres des visiteurs deviennent longues comme les marionnettes du Kerala. Ici l’été transforme la chambre en amphithéâtre silencieux, on regarde comment la lumière s’y dépose et le troisième dolmen Sud est celui qui garde la mémoire du soir, il se souvient des pas, des voix et des silences mais pour entrer chez lui il faut se courber, laissant derrière soi les ombres qui se sont rassemblées après s’être croisées et s’être mêlées. La traversée des Mané Kerioned c’est déjà, comme disait la conteuse de Carnac, autrefois "ouvrir la porte de l’hiver".
Ker ion(n)ed est le lieu de pierres remarquables, un ancien radical breton, ion, yon, ioun. Le nom moderne vulgarisé est menhir ou peulvan, des pierres levées.
Mané est une colline, une butte, par extension c’est un "tertre". Mané appartient au langage du paysage, il est utilisé pour un lieu habité, donc vivant.
À l’inverse, le tertre est un terme technique utilisé par les archéologues, terme que le Rouzic n’utilisait pas.
Dans le golfe les marais salants laissent entrevoir quelques petites pierres plantées dans une vasiere trouble, celles-ci sont un marqueur de source ancienne, d’une eau douce et avec le temps le marais a avancé, le sol s’est affaissé pour devenir une vasière, donc la pierre s’est retrouvée engloutie dans un paysage mouvant, d’ailleurs les musées parlent rarement de ces pierres là, jamais classées, c’est un axe fragile, un point de tension cosmologique.
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Le dolmen de Crucuno s’est retiré comme un serpent de pierre ayant accompli son rôle glissant vers le lac souterrain, un loch où les ancêtres ont déposé les récits des lignées disparues. Dans ce lac, les histoires se dissolvent vers l’est où le cromle’ch trace les directions jusqu’au Kerala, le nœud du monde, là les souffles voyagent et renaissent.
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Là où coule la source, les pierres s’entendent.
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Éclipse de lune du 12 juillet 2026
imaginée sur une dalle de Gavr’inis
Ne pas observer sans lunettes adaptées.
(risque de brûlure de rétine)
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Le cairn de Gavr’inis est orienté sud-est, légèrement incliné vers le lever du soleil l’hiver.
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Carnac et les ombres de l’éclipse
Les nuits précédentes, il sera possible de regarder, sans danger, les pluies d’étoiles venant de Persée.
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Ker LOQUET
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Elle se tient là, dans l’ombre lunaire comme un diapason appelée "Pierre de résonance" convergeant à 1,3 m de l’idole. À cet endroit les alignements lunaires se croisent, se frôlent quand le point de convergence se situe où la lumière ne tombe pas, mais quand elle s’accorde comme un instrument.
"Voilà", comme on dit à Carnac, une poussière de silence s’installe comme une onde qui traverse les millénaires pour laisser Carnac se libérer du secret du géant du Menec.
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Un Cornély chrétien, au temps de Pierre, ayant connu la lapidation en Orient, arrive à Carnac par l’océan. L’histoire s’est inscrite dans la pierre du Géant du Ménec, jusqu’à obtenir une création d’art contemporain. C’est le narratif d’un homme marqué par la violence sacrée de l’Orient dans un paysage mégalithique que le geste artistique transforme pour devenir intemporel, entre passé et présent dans la survivance de Cornély.
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Dans l’interstice laissé par l’éclipse
L’éclipse a replié la lumière, dans ce pli, il n’y a pas de clin d’œil, rien de malicieux, rien de furtif mais une place vacante où les anciens récits viennent se tenir debout. C’est là que les idoles des tertres, celles qui n’ont plus de noms depuis deux mille ans se mettent à respirer comme les héros du Mahabharata, elles inclinent seulement leur poids dans le paysage comme si la terre de Vilaine était encore sensible à leurs présences. Parfois une racine se détourne pour contourner, parfois une vague remonte plus haut sur la berge comme pour toucher les ombres des silhouettes de Gavrinis posées sur les épaules d’Ananta qui porte le Monde. La Vilaine, elle reste silencieuse quand le vent est tombé, elle joue le rôle du Gange où l’on dépose les armes avant de parler aux dieux et dans cet entre-deux le soleil brûle encore derrière l'éclipse mais la brûlure est tenue à distance, comme si une main invisible s’était posée dans l’esprit de la légende de Carnac et celle du Mahabharata.
Calendrier des ombres fragmentées
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Il y avait plus d’une centaine de pages d’études imprimées qui reposaient sur le terrain d’actions, plan soutenu par le Centre d’Études et Recherches.
la totalité de l’eclipse est visible, ce soir 12 août en Espagne dans une bande allant du nord (Asturies, Bourges, Soria) jusqu’aux Baleares, où le Soleil sera entièrement occulté par la Lune pendant un peu moins de 2 minutes, Ah! Sans espace pour Neruda ce disque noir effacera l’espace, comme si la lumière allait laisser place à une page sombre, la page où Neruda écrivait des géneses de feu et de pierre. L’espace espagnol deviendra une ligne de nuit posée sur la péninsule ibérique où l’on pourrait, presque, entendre Rhodo et Rosia marcher dans la pénombre, à l’instar de "La espada encendida", récit où Neruda imagine les derniers humains sous une lumière dévastée.
Munis de lunettes, attendra posé devant vous, un lait végétal, fruit de nos rivières où déjà les poissons en Bretagne manquent d’oxygène, ce jour il fait 40°.
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Je porte le vent comme une parole,
Je grave le silence dans l’océan,
Je deviens ton reflet
Et le monde recommence à rêver.
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