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Nuances d’encre
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Les pierres du lac de Carnac

Les pierres du lac de Carnac

 

 

Au café des Menhirs la photo repose sur la table, le Rouzic, la Lady, les Sikhs et l’Écossais, tous se taisent. L’esprit naît dans la photo comme un vent minéral qui appartient à la mémoire profonde du lac de Carnac, soudain les formes apparaissent.

 

 

 

 

 

 

Flaubert par Nadar

En 1847 Gustave Flaubert et Maxime Ducamp voyagent ensemble à  Carnac passant par Plouharnel, Quiberon, Belle-Ile et st Malo. Ils ont consigné des notes "Par les Champs et par les Grèves" un récit à deux voix où Flaubert écrit les chapitres impairs.

 

 

Le Président Tchèque Vaclav Havel en 1996

 

Dans ​​​​​Le Mémorandum écrit en 1965 le Ptydepe envahit une administration, la langue est incompréhensible mais tout le monde fait semblant. La pièce traite de la violence du langage pouvant dévorer la pensée pour remplacer la réalité. Pour Havel c’est la manière des humains d’abdiquer devant un système linguistique ou politique qui les dépasse, le langage devient un outil de domination qui peut faire tomber dans un piège où la spontanéité disparaît, donc impossible d’exister sans le système. Havel démontre l’idée d’une quête devenant totalitaire afin de remplacer la pensée, le personnage Gross est incapable de faire traduire son propre memorandum, il est avalé par une logique qui tourne sur elle-même où le système exige que le texte soit traduit pour obtenir l’autorisation de le traduire, alors le memorandum impose une vision de sa langue totalitaire. 

 

 

Version moderne de la trappe du langage

 

 

 

L'axe d’un jeu

 

 

Sangam 

Un poème réinventé où Sangam s’est levé sur Kermario

Tracé comme un kolam, il est poème dans la constellation des poètes dravidiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et la pierre Bovin

Dans le pré, au bord de la route, se tient une pierre qui n’à jamais accepté son destin de simple mégalithe.

 

Elle a préféré imiter un bovin en pâture, avec ce flanc large et cette façon de se tenir comme si elle machait une herbe imaginaire depuis 5000 millénaires. C’était la vache de granit disaient les anciens, persuadés quelle gardait le troupeau des esprits, aujourd’hui elle s’est intégrée au paysage. 

Et lentement les contours semblent tirés d’une affiche ancienne ou d’une parois de grotte préhistorique.

 

On disait, depuis le début du XXeme siècle, que des êtres malfaisants venaient dans la nuit détacher le troupeau. Les anciens les nommaient  " les Déliants, d’autres les Marcheurs sans pas". Ils arrivaient lorsque la brume descendait si bas qu’elle semblait vouloir ramper dans les auges". Les bovins, surpris dans leur sommeil lourd, beuglaient dans un fracas nocturne qui traversait la ferme, les hommes se levaient, la lampe à pétrole tremblante dans la main, craignant d'être tués dans un drame dont personne ne connaissait les règles. Les femmes retenaient les enfants, car la peur, cette nuit là les faisait craindre le pire. 

 

A proximité se dressait une pierre levée coiffée d’un cône de déesse surveillant le troupeau. 

 

 

Le tumulus venait d’ouvrir au public, pas encore les foules, seulement une porte de bois, un gardien silencieux et l’odeur humide du granite qui s’éveille après des millénaires d’obscurité. Je suis entrée l’appareil photos comme un talisman pour conserver et mieux voir une mémoire s’ouvrir, le couloir au sol de pierres couchées laissait chaque dalle ornée s’offrir au regard, j’ai avancé lentement concentrée sur le diaphragme ouvert au maximum pour capter la moindre lumière glissant sur les gravures. Au fond, face à la chambre élargie je me suis arrêtée longtemps, une sensation étrange m’a traversée, pas une peur mais une présence  comme si quelque chose attendait dans l’obscurité filtrée de lumière diffuse, deux grands yeux apparurent dans la pierre, j’ai ajusté le diaphragme, l’ouvrant encore pour obtenir plus de lumière et j'ai retenu mon souffle pour mieux capturer ce que me donnait cet instant.

Dans ce moment suspendu, la pierre 22 répondait dans son langage de siècles qui s’ouvraient, j’ai fixé le dessin du granit vers la photo, la phrase griffonnée sur le carnet de 1880  disait "Gravure profonde, centre obscur comme un œil fermé", elle semble bien fermer la mémoire des sites aux alentours.

 

 

 

 

 

 

La pierre se hisse en pensée.